
Ruptures et deuils qui se répètent en famille : que regarder ?

Erwan Simiand-Buissonnet
Psychogénéalogie · Mercurol-Veaunes
Quand les mêmes ruptures reviennent d'une génération à l'autre
Vous avez peut-être remarqué que votre mère, sa sœur et vous avez toutes traversé une séparation autour du même âge. Ou qu'un grand-père a perdu son père enfant, puis que la même perte est survenue deux générations plus tard. Une question s'installe : « Pourquoi chez nous ? »
Cette question est légitime, et elle n'a rien de honteux. Elle traduit souvent le besoin de mettre du sens sur ce qui a fait mal.
Ce que l'on peut observer, et ce que l'on ne peut pas affirmer
En psychogénéalogie, je regarde l'histoire d'une famille un peu comme on lit une carte : j'y repère des événements, des dates, des lieux, des silences. Je ne cherche ni coupable ni cause unique.
Par honnêteté, je dois le dire : rien ne permet d'affirmer qu'un divorce ou un deuil « se transmet » d'une génération à l'autre. Les répétitions peuvent aussi s'expliquer autrement :
- le contexte historique : guerres, exode rural, maladies, mortalité d'une époque ;
- des conditions de vie partagées : métier, précarité, éloignement géographique ;
- des modèles observés dans l'enfance : manière de vivre le couple, le conflit ou la perte ;
- le simple hasard, plus fréquent qu'on ne l'imagine.
Une coïncidence n'est pas une explication. Mais elle peut être une invitation à regarder de plus près.
Pourquoi cela interpelle autant
Certaines personnes trouvent que repérer ces échos les aide à se sentir moins seules avec ce qu'elles vivent. D'autres ressentent au contraire une pression, comme si leur histoire était écrite d'avance.
Je tiens à être clair : une répétition observée n'est pas un destin. Elle n'annonce rien et ne prédit rien sur votre vie à venir.
Que regarder dans une histoire familiale ?
Face à une succession de séparations ou de deuils, le réflexe est souvent de chercher tout de suite « la cause ». Je vous propose plutôt de commencer par observer, calmement, comme on rassemble des pièces avant de les assembler.
Cinq repères à noter
- Les dates et les âges : à quel âge chaque rupture ou perte est-elle survenue ?
- Le contexte : que se passait-il alors dans le pays, la région, la famille (guerre, déménagement, maladie, difficultés d'argent) ?
- Les circonstances : s'agissait-il d'une séparation choisie, subie, d'un décès brutal ou attendu ?
- Ce qui a été dit, ou tu : a-t-on parlé de ces événements ? Certains sujets sont restés sans mots, parfois pendant des décennies.
- Ce qui a suivi : qui a élevé les enfants, qui a déménagé, qui a dû prendre la place de qui ?
Ces éléments ne prouvent rien à eux seuls. Ils permettent de remettre les événements en perspective et de distinguer ce qui relève de l'époque, de la situation et de l'histoire propre à chacun.
Exercice : esquisser votre arbre en 20 minutes
Il vous faut une grande feuille, un crayon et un minuteur.
- Dessinez trois générations au minimum : vous, vos parents, vos grands-parents (et plus si vous les connaissez).
- Représentez les hommes par des carrés, les femmes par des ronds. Barrez le lien d'un double trait pour une séparation, ajoutez une croix pour un décès, et notez l'âge à ce moment-là.
- Réglez le minuteur sur 10 minutes et remplissez sans chercher à interpréter.
- Pendant 5 minutes, écrivez trois constats purement factuels, par exemple : « Mon grand-père a perdu son père à 7 ans. »
- Posez le crayon. Faites 5 respirations lentes : inspirez 4 secondes, expirez 6 secondes.
Si une émotion forte monte pendant l'exercice, vous pouvez vous arrêter et le reprendre un autre jour. Il n'y a rien à réussir.
Ce que j'observe en séance
Quand je reçois quelqu'un, je commence par écouter ce qu'il vit aujourd'hui. L'arbre n'est qu'un support, jamais une réponse toute faite. Mon rôle est de vous aider à poser des mots et à prendre du recul, à votre rythme.
Quand consulter ?
Vous pouvez envisager d'en parler avec un professionnel si :
- vous avez l'impression de « rejouer » les mêmes séparations ou les mêmes pertes, sans comprendre pourquoi ;
- un anniversaire, un âge ou une date vous pèse de façon récurrente ;
- certains événements familiaux restent impossibles à évoquer chez vous ;
- vous redoutez de vivre ce qu'ont vécu vos parents ou grands-parents.
À Mercurol-Veaunes, j'accompagne ces questionnements avec un regard de psychogénéalogue : je vous aide à mettre votre histoire en perspective, sans conclusion hâtive et sans promesse de résultat.
Mon accompagnement ne remplace ni un médecin ni un psychologue. Si vous traversez une grande détresse, si le sommeil ou l'appétit sont durablement perturbés, ou si des idées sombres apparaissent, il est recommandé de consulter rapidement un professionnel de santé ou d'appeler le 3114, joignable à toute heure.



